L’égo est un sauveur

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Superman, batman, wonderwoman…

Les héros qui sauvent l’humanité, aident les faibles et font régner la justice sur terre, ont bercé nos rêves d’enfants, véhiculés par les dessins animés, contes et histoires…

Ces images se sont imprégnées dans notre psyché comme des modèles à suivre et des comportements à adopter, et ont construit ce que nous sommes aujourd’hui, avec comme conseil d’apporter de l’aide à son prochain. Positif à première vue, mais négatif lorsque l’égo s’empare de ce schéma pour le mixer à sa sauce personnelle.

Pour certaines personnes, l’égo du sauveur est plus développé que pour d’autres, et cela varie en fonction du vécu, des expériences et de la relation avec nos proches.

Quoi qu’il en soit, l’égo du sauveur confond souvent « aide » et « contrôle », et se sert de sa générosité pour recevoir une dose d’amour dont il aurait manqué étant enfant. Cette attitude crée généralement… des problèmes !

Superégo, superman ou supermanipulateur

Aider ses proches peut signifier beaucoup de choses : apporter son écoute, son soutien, rendre des services, mais également donner des conseils de vie. Et c’est là où l’égo du sauveur intervient. L’attention et la présence sont certes une belle preuve de générosité et d’amour, mais les conseils peuvent malheureusement se confondre entre contrôle et manipulation, avec un but égoïste et généralement inconscient.

Certaines personnes font appel à nous pour trouver une oreille attentive, leur remonter le moral ou simplement éponger leurs griefs, mais si nous leur répondons par une leçon de morale en leur remontant les bretelles, est-ce que nous les avons vraiment aidé ?

Morale peut rapidement faire écho avec jugement et critique, et on n’a jamais aidé personne en le mettant face à ses défauts, mais plutôt en lui montrant ce qu’il y a de plus beau en lui, ce qu’il est capable d’accomplir.

Donner des conseils peut donc s’apparenter à un désir de contrôle inconscient, une envie de projeter sa propre vision de la vie sur l’autre, voire de le manipuler pour qu’il agisse et réagisse comme nous aimerions qu’il le fasse.

C’est aussi un bon moyen de se placer au-dessus de la personne, en donnant l’idée que nous avons la solution, nous détenons la vérité et les connaissances, et pas lui !

Ce type de comportement cache souvent un complexe narcissique, un besoin de se faire valoir. Ce sont souvent des gens qui ont manqué de reconnaissance par rapport à leur travail scolaire, à leurs capacités intellectuelles… Il est possible qu’ils aient subi les reproches de parents perfectionnistes qui leur en demandaient beaucoup sans réellement féliciter leurs victoires, ou bien les critiques et moqueries de leurs professeurs ou de leurs camarades.

Le fait d’aider en communiquant à un proche en difficulté son point de vue et ses connaissances peut également montrer qu’il y a eu un manque de communication de la part des parents dans l’enfance, et qu’ils n’ont pas apporté les informations nécessaires pour nourrir le cerveau de l’enfant en construction. Du coup, on apporte aux autres ce dont on a manqué, mais on oublie que ce n’est peut-être pas ce que l’autre attendait de nous.

Quant au temps dépensé ou aux services rendus, cela peut également servir à l’égo comme moyen de culpabilisation par la suite. À un moment propice, on ressort cette histoire où on avait passé trois heures à l’écouter se plaindre, où la fois où on avait fait un aller-retour pour aller le chercher, et au final, on parvient à faire culpabiliser l’autre et donc à le manipuler.

Alors l’égo, superman ou supermanipulateur ?

L'égo se prend pour Batman sous le feu des projecteurs

Sauver quelqu’un peut également être un bon moyen de briller aux yeux des autres : Regardez comme je suis gentil, serviable, aidant… Je suis un bon samaritain, Jésus-Christ numéro deux… Heureusement qu’il m’a dans sa vie… Qu’est-ce que les autres feraient sans moi ?

Ces exemples de phrases sont créés de toute pièce par notre ami l’égo, qui se prend pour l’indispensable Batman.

Malheureusement pour certaines personnes, ce type de comportements peut simplement traduire un besoin de reconnaissance et d’amour : Si je suis sympa, on va m’aimer en retour, à coup sûr !

Ça cache généralement de grosses blessures narcissiques ; ce sont généralement des personnes qui ont manqué du regard de leurs parents ( absents, malades, décédés, qui parlaient peu ou encore qui travaillaient énormément ) ou qui se sont sentis délaissés par leur famille ou amis dès la plus tendre enfance.

Ils attendent donc un retour affectif, et si ce n’est pas le cas, ils sont déçus.

Apporter son aide peut donc être un bon moyen de récupérer de l’amour, et cela peut cacher également une peur d’être inutile : Si je ne sers à rien, pourquoi m’aimerait-on ?

Et sous la peur d’être inutile, il y a la peur d’être abandonné ou rejeté.

L’égo du sauveur se prend donc souvent pour Batman… sauf que Batman sauve les gentils tout en restant dans l’ombre, sans dévoiler son identité, ni récupérer la gloire de ses actes. Alors que l’égo espère au contraire avoir des applaudissements, des fleurs et des chocolats en retour, ou encore de l’attention et des compliments en quelque sorte…

Tandis que la vraie générosité, on le sait bien, c’est de donner sans attendre un retour, même affectif.

Si on aide une personne, et qu’un jour cette personne veut s’éloigner de nous, nous devons respecter sa liberté sans lui en vouloir..

Plus facile à dire qu’à faire, n’est-ce pas ?

Conclusion

Il est important de se rappeler que chaque conseil, critique ou reproche est dû à ce qu’on appelle en psychologie «  une projection » : la projection est une phrase que l’on pourrait se dire à soi-même. Ainsi, les leçons de morale et les réprimandes que l’on fait nous sont en fait destinés, et il serait bon de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de s’exprimer.

Il ne faut pas confondre non plus guider et conseiller. Les conseils peuvent s’apparenter à des ordres, surtout si on s’assure par la suite que la personne les a mis en application. Tandis que le fait de guider revient simplement à poser des questions pour que la personne prenne conscience de ses faux pas, se remette en question et trouve des solutions par elle-même : Qu’en penses-tu ? Que vas-tu faire ? Quelles sont les solutions ?

Avant d’imposer votre aide, vous pouvez également demander : Qu’est-ce que je peux faire pour t’aider ?

Rappelez-vous également que l’éducation expérientielle est la meilleure des méthodes ; elle consiste à laisser la personne faire ses expériences, se tromper, se remettre en question et avancer. Ça demande du lâcher prise, et l’égo n’aime pas du tout ça. Mais ça implique également de cultiver la confiance en l’autre, de lui rappeler que quoi qu’il fasse, il est capable de mener à bien ses projets et de prendre ses propres décisions.

Comme le dit la célèbre Amma : Tout est en vous.

Toutes les réponses et les solutions sont donc en nous, et non dans le son de cloche de notre entourage.

Juliette Vinay

 

 

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