L’égo est un oignon qu’on épluche

Capture d’écran 2016-03-21 à 13.35.51

Cette facette de notre personnalité, elle-même composée de nombreuses facettes, s’est construite tout au long de notre existence. Chaque événement, a participé à la construction de cette part de notre psyché, comme si chaque situation, chaque interaction avec nos proches, chaque échec ou chaque réussite, avait posé une pierre dans l’édifice de l’égo. Le problème, c’est que les remparts qui se sont élevés petit à petit autour de nous cachent notre vraie personnalité, ce que les courants spirituels appellent le « vrai moi », ou « l’essence de notre être ». En plus de masquer ce que nous sommes, ils nous coupent petit à petit du monde, ce qui a pour effet de créer un sentiment de solitude, d’incompréhension, d’injustice et de rancune vis à vis des autres.

Alors, on peut se le demander ; ce mur de protection est-il vraiment indispensable ? Ou ne serait-il pas plus intéressant au final de prendre le risque de le déconstruire et de se reconnecter au monde ?

Etape 1 : connaître son oignon

L’égo est un oignon, et avant de le découper et de le cuisiner, il est important d’apprendre à le connaître parfaitement, sous tous ses angles. Comment on s’y prend ?

Et bien, la méthode que j’ai activement employée ces dernières années, c’est la thérapie. Bien sûr ce n’est pas la seule, mais elle s’avère assez efficace et accessible dans la mesure où on a une personne en face pour nous aider.

Il s’avère primordial de commencer par la prise de conscience, l’analyse et la compréhension de chacun de ses aspects. Une vraie thérapie, pour moi, ne consiste pas en une heure où vous déversez simplement vos lamentations sur un spécialiste qui vous facturera entre 50 et 150 euros la séance. Vous pouvez très bien faire ça avec n’importe lequel de vos proches. Les scientifiques ont en effet prouvé que parler de ses problèmes soulage, lorsqu’on se livre sur des questions sentimentales ou intimes, un afflux considérable de dopamine et d’ocytocine se déverse dans notre cerveau. Ces substances neurochimiques stimulent les circuits cérébraux de la motivation, du plaisir, du bien-être, et renforcent le désir de créer des liens sociaux, d’après le Docteur endocrinologue Louann Brizendine.

Mais un bon thérapeute doit être capable de vous faire prendre conscience, par votre propre raisonnement – et non par une analyse sortie de ses bouquins – de vos agissements, mais surtout de la source de ces comportements. Vous devez ressortir d’une séance en ayant travaillé sur un point précis, avoir réussi à faire des parallèles entre votre présent et votre passé, entre vos traits de caractère et ceux des gens qui vous ont élevé. Vous devez repartir avec une prise de conscience sur des situations ou des émotions désagréables qui se reproduisent en boucle dans votre vie. Mais surtout, vous devez petit à petit commencer à ressentir de la compréhension et de la compassion envers vous-même. Si ce n’est pas le cas, c’est que le thérapeute que vous avez choisi n’est tout simplement pas efficace, il a beau avoir des diplômes accrochés au mur et des jolis stylos sur son bureau, il existe tellement de méthodes thérapeutiques différentes qu’il est évident que bon nombre d’entre elles ne vous apporteront pas plus que d’aller boire un café avec un ami, ou lire un bon bouquin de développement personnel.

Etape 2 : éplucher l'oignon

Après avoir pris conscience de ces aspects de votre égo, il faut passer à la phase de l’épluchage. Chaque membrane de l’oignon représente chaque couche de protection dont vous vous êtes inconsciemment recouvert pour ne pas trop souffrir et qui vous étouffe petit à petit, vous alourdit et vous fait pleurer un peu trop souvent. Être capable de s’analyser et de se comprendre est une bonne chose, mais si le travail s’arrête là, vous risquez de patauger dans l’auto-analyse. Vous serez capable de vous remettre en question mais pas de modifier vos comportements, ce qui à la longue, va vous plonger dans une soupe de culpabilité, de colère et – dans les moments les plus durs – d’une fâcheuse envie de vous pendre à votre rideau de douche, ou alors de vous suicider avec un pot de glace Haagen Dazs.

Cette étape est compliquée pour plusieurs raisons, déjà parce c’est là que vous allez vous heurter à la partie de votre égo qui n’a absolument pas envie que quoi que ce soit ne change. Oublis, actes manqués, rêves pas cool, procrastination, flemme, envie de tout arrêter, pessimisme… l’égo usera de tous ses pouvoirs pour vous mettre des bâtons dans les roues. Et vous comprendrez un peu mieux le principe de « conflit interne ». Votre conscience sera super motivée pour vous faire avancer, et votre inconscient – couplé de son ami l’égo – fera littéralement un caprice pour rester assis par terre à se la glander. Mais cette étape est très importante, car c’est là que l’égo va montrer son vrai visage : il préfère que vous continuez à être malheureux ! Oui, il existe une partie de vous qui ne veut pas que vous soyez heureux. Mais comme cette partie se manifeste différemment chez chacun, c’est à vous d’aller à son encontre, et vous ne pourrez compter que sur votre propre envie d’évoluer pour vous en sortir.

La deuxième raison pour laquelle cette phase est compliquée, c’est qu’il va falloir travailler seul sur chaque point. Au moment où vous êtes mis dans une situation qui titillera votre égo, votre thérapeute ne sera pas là pour vous dire comment réagir. L’outil le plus efficace, à mon sens, c’est le cahier de l’évolution, dans lequel vous pouvez décortiquer chacun de vos comportements, vous demander comment vous auriez pu réagir à la place et sur quel trait de caractère vous voulez travailler. Vous pourrez aussi déverser vos émotions sans avoir peur de blesser quelqu’un ou tenter de définir ce que vous voulez et ne voulez plus dans vos relations. D’après le Dr. Pennebecker, écrire quotidiennement pour libérer ses émotions accélérerait le processus de cicatrication, renforcerait les défenses immunitaires et ferait baisser le taux de cortisol ( hormone du stress ).

La mauvaise nouvelle, c’est que c’est un travail de longue haleine. Mais plus vous vous investissez, plus vous serez capable de voir les prémices du changement.

La bonne nouvelle, c’est que vous allez petit à petit arrêter d’espérer que le bonheur vienne du comportement de vos proches, d’une situation extérieure ou bien qu’il tombe du ciel un beau matin : vous récupérerez votre pouvoir d’action dans votre propre vie et deviendrez qui vous voulez être.

Etape 3 : retrouver la graine du soi

Tout ce travail fera grincer les dents à votre égo, vous passerez par des phases de découragement, de déprime. Vos émotions resurgiront et il vous faudra apprendre à surfer dessus. Des souvenirs du passé referont aussi leur apparition, et vous aurez certainement envie d’en reparler avec votre famille, ce qui créera des discussions parfois pas très agréables. Mais c’est nécessaire parce que le but de toute cette aventure, c’est de retirer chaque couche de l’égo, d’amoindrir son pouvoir et de redonner les rennes à votre conscience, et surtout, de retrouver celui ou celle que vous étiez avant que les évènements de la vie ne viennent déformer votre perception de la réalité.

Vous allez retrouver confiance en ce que vous êtes et tranquillité de l’esprit. Vous découvrirez les joies de l’acceptation et du lâcher prise. Amour de soi, amour des autres et amour de la vie feront leur apparition régulièrement dans votre quotidien. Bref vous extrairez la graine qui se trouve au centre de l’oignon et vous pourrez ensuite choisir le lopin de terre où la planter pour la faire pousser.

Juliette Vinay

Articles conseillés
égo
school-of-psychology-21-250x250
Capture d’écran 2015-12-06 à 12.17.28

Laisser un commentaire