L’égo est un chaton abandonné

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Vous voyez les enfants, lorsqu’ils ont mal quelque part, qu’ils ont sommeil ou qu’ils ont tout simplement un gros chagrin, ils sanglotent bruyamment et tendent les bras pour obtenir un gros câlin réconfortant… Et bien, cette part de vous enfant, existe toujours. Toutes les fois où vous avez eu mal, physiquement ou émotionnellement dans votre enfance, et qu’il n’y avait personne pour vous apporter un peu de chaleur humaine, toutes ces situations ont été stockées au fond de vous, et les manques affectifs ont toujours besoin d’être comblés. Que l’on ait 10, 28 ou 59 ans, il subsiste une partie de nous qui est en demande constante de compréhension, d’amour et de contact physique. L’égo est un peu comme un chaton qui vient de perdre sa mère, il ne recherche que deux choses : boire du lait et se lover dans les bras d’un être capable de remplacer sa génitrice.

L'égo, c'est Caliméro

Pour récupérer un maximum d’amour, l’égo a développé différentes techniques. La plus fructueuse, c’est la technique du Calimero. Et soyez honnête, même si vous n’êtes pas du genre à vous faire plaindre toute la journée, vous avez déjà employé inconsciemment cette méthode pour attendrir vos proches. Chaque fois que vous pleurez, sanglotez, reniflez, alors que votre partenaire ou un ami est présent, c’est votre égo chaton abandonné qui resurgit avec la bonne idée de créer un sentiment de pitié ou de compassion chez les personnes qui vous entourent.

La tristesse est une émotion qui nous sert à plusieurs choses.

Dans un premier temps, pleurer soulage et permet de relâcher les tensions. C’est une soupape de sécurité, un peu comme une cocotte minute qui se met à siffler en recrachant de la vapeur pour nous avertir que la soupe ne va pas tarder à déborder. Lorsqu’on pleure, des sécrétions d’endorphine sont déversées dans notre corps. L’endorphine fait partie des neurotransmetteurs qui agissent comme anesthésiants lors d’un effort physique ou d’une douleur, et nous procure une sensation de bien-être et d’euphorie momentanée. Pleurer un bon coup et donc recommandé dès qu’on en ressent le besoin.

La tristesse a également un but sociologique. En effet, si les êtres humains en sont dotés, ce n’est pas pour rien. Avant même de savoir parler, à l’époque, on vivait en meute pour pouvoir se protéger en cas d’attaques et mettre toutes les chances de notre côté pour survivre. Si un individu était mis à l’écart du groupe, se mettre à pleurer et manifester de la souffrance, activait les neurones miroirs, et donc l’empathie, chez les autres membres du clan, et ça nous permettait de récupérer de l’attention et d’être réintégré dans le groupe. Les enfants comprennent instinctivement que les larmes déclenchent une réaction chez leurs parents. Ils apprennent donc très rapidement à utiliser le seul moyen qu’ils possèdent pour manipuler leur entourage : le caprice. Et ne vous méprenez pas, les adultes utilisent parfaitement le caprice ; quand notre partenaire ne réagit pas comme on aimerait qu’il réagisse ou quand la vie ne nous apporte pas ce qu’on attend d’elle, on se sent triste, frustré, on tape du pied, on râle et on s’impatiente. Et même si des torrents de larmes ne sortent pas de nos yeux et qu’on ne se roule plus par terre, il n’en reste pas moins que toutes ces attitudes mentales font partie de la catégorie « caprices ».

En grandissant, la vie en société nous apprend qu’il n’est pas « bien vu » de pleurer en public et d’étaler ses émois devant tout le monde, l’égo chaton abandonné est donc bien obligé de trouver une astuce pour y remédier. Conscient qu’il ne peut pas miauler à tout-va en se frottant contre les jambes de ses amis ou professeurs. Il se met donc à adopter l’attitude savamment travaillé du Calimero. Ses armes sont les plaintes, les soupirs, et les gémissements. Il se sert de la parole pour exprimer tout ce qui ne va pas dans sa vie, il arbore un regard de chien battu et une gestuelle de petit oiseau à l’aile cassée, les épaules et le menton bas, pour qu’on ait envie de le protéger, de l’entourer, de le cajoler. L’égo peut aller jusqu’à faire la liste de tout ce qui nous est arrivé de catastrophique ces derniers temps, il joue la carte de la victime à fond : « Tu as vu tout ce qui m’arrive ? J’ai vraiment pas de chance, hein ? Je ne méritais pas ça, pauvre de moi ! »…

L'égo est un marionnettiste

Oui, ces comportements sont naturels, et il s’avère inutile de les juger, mais il est toutefois important de comprendre qu’ils sont une forme de manipulation. C’est mignon chez les enfants, ça devient moins fun quand on est adulte. Notamment parce que se plaindre en permanence, ressasser le passé et voir le négatif partout, peut rapidement gonfler tout le monde. Les premiers temps, on se prête au jeu et on apporte écoute ou soutien, mais franchement, qui a envie de passer son quotidien aux côtés d’une personne qui se lamente parce qu’il s’est coupé avec un bout de papier, ou parce qu’il pleut, ou encore parce que ses cheveux ne ressemblent pas à ceux des mannequins de L’Oréal ?

Râler et faire la liste de tout ce qui ne va pas dans notre vie peut être fatiguant, mais ça devient carrément infernal quand Calimero se transforme en dépressif suicidaire, et qu’il se sert de ses armes pour manipuler ses proches, comme un marionnettiste qui s’amuse avec son pantin : «  Si tu ne viens pas en vacances avec moi, je vais être super malheureux », « Si tu me quittes, je risque de me laisser mourir », « Tu te rends compte à quel point tes comportements me font du mal ? »

La culpabilité est un puissant frein à l’action. Faire culpabiliser quelqu’un c’est tenter de lui faire porter notre sac à dos à problèmes, histoire de nous alléger, rendant l’autre plus lourd et plus lent par la même occasion. Les reproches et les critiques peuvent enfermer notre entourage dans une prison émotionnelle, où ils perdront petit à petit la joie de faire des choses pour eux-même et donc, leur liberté. Et s’ils ne sont plus libres d’agir par eux-même, ils ne sont pas non plus libres de nous exprimer spontanément leur amour. Une personne au contact d’un Calimero dépressif et suicidaire n’aura qu’une envie au bout d’un moment, c’est de le fuir.

Et c’est là le revers de la médaille de la manipulation : la motivation de base du chaton abandonné est de récupérer de l’attention, mais à la longue, il finit par perdre tous ceux qui sont susceptibles de lui apporter un peu de lait, et il risque de se retrouver en carence totale.

Il est inutile de culpabiliser d’avoir ce type d’attitudes, on les a toutes plus ou moins pratiqué à un moment dans notre vie, à des degrés différents, que ce soit la technique du « regarde comme la vie est méchante avec moi », ou la technique du « je vais mourir si tu ne m’aimes pas ». Par contre, il est primordial d’en prendre conscience et d’apprendre à modifier ce petit manège. Car si on ne le fait pas, on finit par voir des êtres chers s’éloigner, et notre malheur et notre sentiment de solitude n’en seront que renforcés.

Nous avons le droit de déverser notre sac auprès de nos amis, de notre famille ou de notre partenaire, ils sont là pour ça et c’est même leur rôle numéro un. Mais il est plus productif et conseillé de tenter de trouver des solutions pour régler les problèmes, plutôt que de rester dans le cycle des pleurnicheries sans fin.

On a le droit de ressentir de la peine, de la colère ou de se sentir délaissé parfois, mais il est vital de ne pas faire croire à nos proches qu’ils sont la source de notre mal-être. Nos manques et nos vides affectifs étaient là bien avant, et même s’il est crucial d’exprimer nos ressentis, les reproches et les critiques doivent cesser et se transformer en demandes et en souhaits : « j’aimerais que la prochaine fois, tu viennes en vacances avec moi », « j’aimerais que tu restes dans ma vie parce que tu es important pour moi », « j’aimerais que tu fasses attention à certaines de tes paroles ou certains de tes actes, parce qu’ils peuvent être blessants pour moi. »

L’égo chaton doit comprendre que ce n’est pas en miaulant à la mort et en montrant les griffes qu’il obtiendra douceur et tendresse.

Aimez votre chaton

Comment pallier à cela quand ça fait des années qu’on fonctionne de la même manière ?

Dans un premier temps, oubliez l’auto-critique et l’auto-jugement, en vouloir à votre égo ne vous mènera nulle part car son seul besoin est justement d’être aimé. Élisabeth Gilbert nous conseille : « C’est un peu comme hurler sur un chat : il n’a pas la moindre idée de ce que vous racontez et vous réussirez simplement à l’effrayer avec tout ce bruit et toutes ces grimaces. »

Ensuite, parlez à votre propre égo, créez un dialogue interne pour le connaître par cœur. Dans les grandes lignes, tous les égos fonctionnent à peu près de la même manière, mais les sources et les causes de ses manifestations sont différentes chez chacun, et diffèrent en fonction du vécu et des expériences. Pour travailler sur votre compréhension et votre compassion envers vous-même, il est nécessaire de laisser s’exprimer l’égo chaton en manque d’amour. Pour se faire, vous pouvez lui parler par la pensée, mais votre tête risque de surchauffer, ou bien, vous pouvez écrire ce qu’il ressent, et lui répondre, comme si vous écriviez un dialogue entre deux personnages fictifs. Vous penserez peut-être que vous êtes fou ou bipolaires, mais je vous répondrai que vous êtes tout à fait normal et que vous paraissez d’autant plus fous quand votre égo met son grain de sel dans votre vie relationnelle.

Et enfin, le seul remède contre ces manques, c’est l’amour de soi. L’amour de soi est un sentiment, mais il se traduit également en actions. Demandez-vous ce que vous pouvez faire pour vous faire plaisir égoïstement, quelles sont les activités, les loisirs et les petits plaisirs qui peuvent remplir vos vides affectifs. Plus on a une vie bien remplie, plus on est actif et plus on est positif. Être optimiste, avoir des choses sympa à raconter et être capable de se faire du bien à soi-même sans être dépendant du monde entier, ces attitudes donneront d’autant plus envie à vos proches de partager du temps avec vous que si vous êtes en mode Calimero toute la journée.

«  Bien malheureux est la personne dont le bonheur dépend des autres. » Bernard Werber.

Juliette Vinay

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