L’égo est un Bernard l’Hermine

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Approchez d’un Bernard l’hermite un peu trop près et vous verrez qu’il se cachera au fond de sa coquille. Et bien l’égo possède le même mécanisme. Certains jours et dans certaines situations, vous vous montrez ouvert, détendu et accessible, et dans d’autres, complètement fermé comme une huître planquée au fond d’une grotte sous-marine. C’est normal, vous avez un égo et votre égo a une parfaite mémoire de tout ce qui vous est arrivé de pas cool au cours de votre existence. C’est donc logique qu’il soit un peu frileux parfois…

L'égo est un chat qui crache

L’égo est un trouillard, méfiant et totalement flippé. Ces comportements sont instinctifs, incontrôlables et ancestraux, car la peur est une émotion qui nous a été offerte par Dame Nature, et si notre cerveau en est pourvu, c’est qu’il y a forcément une bonne raison. En effet, quand nous étions des animaux ou des hommes préhistoriques, nous savions que notre vie était en danger grâce à ce sentiment de peur qui avait pour but de déclencher des sécrétions hormonales et nous préparer à un danger potentiel ; l’adrénaline par exemple active les muscles, accélère le rythme cardiaque, la pression artérielle, et dilate les bronches au cas où on aurait besoin de partir en courant ou de nous battre contre un prédateur. Les frissons et les poils qui se hérissent sont aussi un vestige du passé où notre pelage se gonflait comme celui des chats qui soufflent pour impressionner l’ennemi. Chaque fois que vous paniquez, stressez, tergiversez ou angoissez pour un oui ou pour un non, pour des choses graves et des détails futiles, votre égo se transforme en chat et se bombe comme un ballon de baudruche en crachant de manière exagérée.

Mais aujourd’hui en occident, rares sont les occasions d’être véritablement en danger pour sa survie (même si cela peut quand même arriver). Mais la peur, programmée biologiquement dans notre cerveau pour nous aider à rester en vie, continue à faire son job. Et elle s’est plus ou moins transformée en stress et en méfiance pour à peu près toutes les situations que l’on vit et qui pourraient nous faire du mal émotionnellement ou physiquement.

On peut avoir peur de faire du ski et de se casser une jambe parce qu’on a déjà été blessé, on peut stresser avant un examen de peur de le rater parce qu’on l’a déjà loupé. Peur de perdre sa carte bleue car c’est arrivé à notre oncle, peur de se faire larguer comme lors de notre dernier échec amoureux, peur de partir en vacances, de prendre l’avion, de se marier, d’avoir des enfants, de faire du mal à nos proches, de mettre du citron dans notre masque beauté parce qu’un jour ça nous a brûlé l’épiderme…

Bref l’égo se sert de tout ce qu’il a vu, entendu ou vécu durant sa vie pour vous empêcher de souffrir d’une quelconque manière. Si vous avez regardé trop de films catastrophes sur les crashs d’avion, vous pouvez développer une phobie des moyens de transport aériens. Si vous avez énormément souffert en matière d’amour, ou dans vos relations avec les personnes qui vous ont élevé, l’égo peut devenir phobique des relations en général. Dans ce cas, vous n’avez plus qu’à aller habiter seul dans les montagnes au milieu des chèvres… sauf si une chèvre vous a déjà mordu un jour !

L’égo garde constamment un pied dans le passé, mais aussi et surtout un pied dans le futur. En 1949, Egas Moniz reçut le prix nobel de médecine pour ses découvertes scientifiques : il s’est aperçût que lorsqu’on retire le lobe frontal d’un patient, l’angoisse disparaît. Sauf que le lobe frontal est aussi une zone du cortex cérébral qui nous permet d’imaginer, de nous projeter dans le futur, d’anticiper, d’organiser et de prévoir l’avenir. Egas Moniz en a donc conclu que c’est le fait d’envisager l’avenir qui est la source de nos craintes.

Grâce à cela, on comprend mieux les philosophies orientales qui vantent le pouvoir du moment présent. Amma par exemple, la célèbre donneuse de câlins mondiale, a déclaré : « Le succès d’une vie dépend de la capacité à oublier ce qui n’est pas approprié au moment présent. »

L'égo est un enfant qui a peur du noir

Même si la peur est une fonction neurobiologique ancestrale très utile, il n’en reste pas moins que c’est aussi un sacré handicap pour l’homme moderne. En effet, si on est capable d’imaginer l’avenir, c’est qu’on est capable de mettre des actions en place pour anticiper le futur. Si ces visualisations sont positives, alors les actes seront orientés vers leur réalisation. Par exemple, si vous entrevoyez votre réussite à un concours, il est fort probable que vous fournissiez tous les efforts possibles pour cartonner le jour de l’examen. En revanche, si vos pensées sont négatives, vos agissements seront dirigés dans le même sens. Si vous avez peur d’échouer à l’épreuve, c’est que d’une certaine manière, vous pensez que n’avez pas le niveau ou le talent nécessaire pour triompher, du coup, il se peut que vous vous loupiez le jour J.

Concernant les gens et les situations, rappelez-vous que l’égo a des lunettes déformantes sur le nez, il met tout le monde dans le même sac. Vous avez été blessé un jour par un homme (ou par une femme), l’égo en fait une généralité. C »est le spécialiste des phrases du style : « les hommes que j’ai connus laissaient tous traîner leur slip ». Conclusion ? Les hommes du monde entier sont tous comme ça ! Ou encore : « les femmes sont infidèles, parce que je me suis fait avoir 2 fois. » Mais est-ce vraiment de la faute aux autres, ou à la vie, cette garce, qui vous envoie toujours les mêmes personnages et situations, ou bien, votre égo, ses appréhensions et vos actes ont-ils un petit à voir avec vos échecs cuisants ?

On le verra plus tard, mais l’égo adore rejeter la faute sur tout le monde, si cela peut lui permettre de ne surtout pas se faire prendre en flagrant délit de flipperie totale. Quoi qu’il en soit, il faut veiller à ne pas mettre tout le monde dans le même panier, car chaque être humain est différent, et la méfiance nous coupe petit à petit du monde et de l’Amour.

« C’est une folie de haïr toutes les roses parce qu’une épine vous a piqué », le petit prince.

L’égo a peur qu’il vous arrive des situations fâcheuses, mais, et c’est là tout le problème, il a aussi peur de tout ce qu’il ne connaît pas et donc, qu’il ne maîtrise pas. Il est un peu comme un enfant qui a peur du noir, qui panique et pleurniche au fond de son lit. Il a peur de l’inconnu, et même si le changement ou la nouveauté s’avèrent positifs et propices à notre bonheur, et bien, il flippe quand même. Il peut même aller jusqu’à tourner les talons ou bousiller une opportunité, juste parce que c’est nouveau et inquiétant. Et c’est là que la peur devient un handicap qui nous empêche de nous épanouir, de tenter des expériences, et d’être libre de nos choix. On se met à douter, analyser, on remet tout en question et toutes ces heures à se prendre le chou, et bien c’est du temps perdu à vivre.

Le rôle de notre conscience est donc d’accepter, de comprendre l’égo qui a peur du noir, et de se comporter avec lui comme un parent qui rassure son enfant.

Dans son livre « Big Magic », Elizabeth Gilbert nous confesse avec humour le type de conversation qu’elle entretient avec sa peur : « Chère Peur (…) Créativité et moi serons les seules à prendre des décisions en route. Comme je suis consciente que tu fais partie de la famille, je te respecte et je ne t’exclurai jamais de nos activités, mais malgré tout, tes suggestions ne seront jamais suivies. Tu as le droit d’avoir un siège, tu as le droit de t’exprimer, mais tu n’as le droit de vote. »

Car si la conscience est le parent, et l’égo l’enfant, il est important de bien faire la différence entre le fait de l’écouter, lui pardonner et le rassurer, mais à aucun moment, de lui laisser le loisir de décider à notre place, tout simplement parce qu’il n’est pas en mesure de savoir ce qui est bon pour nous.

L'égo est votre allié

Mais il s’avère inutile de se critiquer ou se juger «  je ne suis qu’une poule mouillée », ou d’essayer d’arrêter d’avoir peur. La peur est ancrée dans nos fonctions primitives, elle est innée et spontanée, et ce serait une totale perte de temps que d’essayer de l’étouffer ou de la faire disparaître. Non, la seule chose que vous pouvez faire, c’est de la canaliser, de réduire son pouvoir de décision, et de vous en servir comme d’une aide.

Car comme toute émotion, l’angoisse, le stress et la panique nous délivrent des messages et des conseils pour nous aider à avancer. Au lieu de voir notre égo Bernard l’Hermite comme un frein ou comme un ennemi, il s’avère plus malin de lui faire croire qu’il a un rôle important, qu’on l’écoute et qu’il est utile. Content de servir à quelque chose, il se calmera tôt ou tard, et comme les enfants, il trouvera un autre jouet sur lequel focaliser son attention.

Remplacez donc l’émotion par des actions : vous avez peur de rater votre examen ? Rajoutez-vous une heure sur votre emploi du temps pour relire quotidiennement vos notes. Vous avez peur d’être dépressif comme plusieurs membres de votre famille ? Entamez un travail d’introspection dès maintenant. Vous angoissez que votre moitié vous quitte ? Ouvrez la communication, exprimez-vous, posez des questions sur ce qui le/la rend heureux(se), ce dont il/elle manque ou ce dont il/elle a besoin en ce moment, et mettez toutes les chances de votre côté pour le/la garder près de vous. Vous avez peur de retomber amoureux ? Sortez, séduisez, faîtes-vous draguer, remettez-vous en selle et allez-y étape par étape. Vous avez la trouille de voyager ? Partez d’abord en weekend à une heure de chez vous, puis dans une autre région, tentez ensuite un autre pays, et pour finir partez au bout du monde. Vous avez peur de mourir ? Vivez !

C’est à vous de choisir si vous voulez faire de votre peur un mur infranchissable, ou bien un allié. Quand vous craignez qu’une situation désagréable passée se reproduise, servez-vous de vos appréhensions pour vous demandez ce que vous pouvez faire de différent cette fois-ci ? Qu’est-ce que vous pourriez vous dire ? Quel nouveau comportement adopter ?

Juliette Vinay

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